Hubert Falco : « Juppé est l’homme de la situation »

« Alain Juppé a les qualités d'un homme d'État, mais il s'est affirmé sur le territoire » : c'est aussi ce qui fait sa différence pour le sénateur-maire de Toulon, Hubert Falco. (Photo Patrick Blanchard)

« Alain Juppé a les qualités d’un homme d’État, mais il s’est affirmé sur le territoire » : c’est aussi ce qui fait sa différence pour le sénateur-maire de Toulon, Hubert Falco. (Photo Patrick Blanchard)

Ancien ministre de Nicolas Sarkozy, le sénateur-maire de Toulon nous explique les raisons de son soutien à la candidature du maire de Bordeaux dans la course à la primaire de la droite et du centre

Il compte sans doute parmi les derniers « grands » parlementaires à se prononcer sur le sujet. Ancien ministre des gouvernements Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le sénateur-maire de Toulon, n’a accordé son parrainage à aucun des candidats LR en lice pour la primaire de la droite et du centre. Cependant, son choix était arrêté depuis de longues semaines déjà. C’est donc le modéré Alain Juppé qui, à ses yeux, a toutes les qualités et les compétences pour rassembler les Français et redresser le pays.

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de divulguer votre soutien ?
Mon rôle est de rassembler. Et j’avais à charge l’organisation de la primaire dans le département. C’est aujourd’hui fait, dans le respect de tous les candidats. Maintenant, je suis aussi un responsable politique, président du parti dans le Var, il fallait que je me détermine.
Pourquoi ce choix ?
Tous les candidats ont tous des qualités. Je ne fais pas un choix contre les autres candidats, je choisis celui que j’estime le meilleur pour mon pays. Je crois que Juppé est l’homme de la situation pour la France, et ce même si mon objectif demeure de gagner l’alternance, avec le candidat qui sortira vainqueur de la primaire…
Alain juppé est quand même donné favori…
Ce ne sont pas les sondages qui font les élections ! Pour gagner, il faut des électeurs ! Il faut donc que les gens aillent voter, au-delà même de notre parti. C’est une primaire ouverte : les gens qui ont un message à faire passer doivent se rendre aux urnes. Essayons de trouver le meilleur candidat pour gagner l’alternance. Personnellement, dans le contexte actuel de notre pays, avec ses difficultés, je pense que Juppé est l’homme de la situation.
Qu’est-ce qui fait sa différence ?
Il rassemble, et le pays en a besoin. Il a une expérience naturelle. Il avait les qualités d’un homme d’État mais – et c’est ce qui fait la différence à mes yeux – il s’est affirmé sur le territoire. Il a été trois fois maire de Bordeaux, il a présidé une grande agglomération. Par ailleurs, il a l’autorité, la sobriété pour rétablir la confiance dans notre pays. Il a la fermeté nécessaire pour diriger le pays. Il est ferme sur ses convictions et il le prouve dans la campagne qu’il mène. Et puis on attend d’un homme qu’il préside avec courage la destinée de notre pays. Déficit public, dette : celui qui devra diriger le pays devra avoir beaucoup de courage et beaucoup d’expérience.
Son programme est-il un élément déterminant dans votre choix ?
Soyons clair : quand on analyse les programmes économiques de Juppé, Fillon ou Sarkozy, on se rend bien compte qu’ils ne sont pas très différents. Quoi de plus normal quand on vient de la même famille politique ? Ce n’est pas là-dessus que l’on va se déterminer. Pour ma part, ce choix est conforme à mes convictions. J’ai toujours essayé de rassembler, je n’ai jamais clivé. J’ai été élu dix-sept fois, je ne l’ai pas été qu’avec des militants de mon propre parti…
C’est un tacle pour Sarkozy ?
Non pourquoi ? Qu’il s’agisse de Sarkozy, Juppé ou Fillon, celui qui sera élu le sera au-delà des militants LR.
Cela a été un choix difficile pour l’ancien ministre du gouvernement Fillon, sous la présidence de Sarkozy ?
Oui, ça a été difficile, comme cela le sera pour beaucoup d’entre nous dans le cadre de la primaire, parce que l’on n’était pas habitué à se prononcer dans le cadre d’une primaire. La facilité aurait été de ne pas me positionner ou alors de suivre les grands élus de la région Paca. Mais Alain Juppé est, pour moi, l’homme qui va rétablir la confiance.
Comment jugez-vous la campagne justement ?
Je suis assez déçu. On ne parle pas beaucoup des territoires ni des difficultés que rencontrent les élus locaux et les collectivités. Je veux bien que l’on parle de nos origines mais le débat doit être ailleurs aussi. J’aimerais que l’on parle de la loi NOTRe, de la loi Alur, de leurs impacts sur nos collectivités par exemple… Ce sont aussi les difficultés du pays aujourd’hui. Comment allons-nous payer l’addition ?
Les présidents de département (1) justement, tirent la sonnette d’alarme sur leurs difficultés financières à appliquer la politique d’action sociale, le versement du RSA notamment.
C’est bien là le problème : est-ce que l’on va continuer à demander aux collectivités de faire toujours plus avec toujours moins de moyens ? Il est aussi temps d’aborder le sujet et sur ce point, Alain Juppé et son expérience acquise par ses trois mandats à la mairie de Bordeaux, seront un atout.
Partagez-vous le sentiment que le vainqueur de la primaire de la droite sera le prochain président de la République ?
Non. Je dis toujours qu’il ne faut pas jouer avec la démocratie. Gagnera celui qui aura rassemblé le maximum d’électeurs dans les urnes. La primaire va permettre à une ou un de nos candidats de concourir à la présidentielle. Nous rassembler au soir du 27 novembre sera l’exercice le plus difficile. J’attends ce moment, indispensable pour gagner l’alternance, où notre famille politique sera réunie. Je retrouverai mes collègues, maires et parlementaires de la région. La vraie bataille sera là : gagner l’alternance. Or, une élection n’est jamais gagnée à l’avance.
Ce soutien a-t-il fait l’objet d’accords, en vue des législatives notamment ?
On ne négocie pas avec Alain Juppé et c’est bien comme ça. Je n’ai d’ailleurs rien à négocier. Mon choix n’est pas dicté en fonction de cela.
Dans le département, dans la région même pourrait-on dire, les militants sont plutôt pro-Sarko, non ?
J’en ai bien conscience. C’est aussi pour cela que je préviens : l’exercice est nouveau pour notre famille politique, mais il est question de l’intérêt de la France…
Pensez-vous, comme les sondages le laissent supposer, que beaucoup d’électeurs de gauche prendront part à ce scrutin ?
La question n’est pas de savoir si l’électeur est de gauche ou de droite, mais si un électeur accepte les règles de la primaire. Cela doit intéresser l’ensemble des Français qui se sentent concernés par l’avenir de notre pays, et qui veulent choisir l’homme ou la femme le plus en capacité de le redresser.
Que ferez-vous si Alain Juppé ne remporte pas la primaire ?
Je ferai la même confiance au candidat ou à la candidate qui sortira vainqueur.
1. Les présidents de département sont réunis depuis hier en congrès, à Poitiers.
Tous droits réservés Var-Matin du 6 octobre 2016. Propos recueillis par Karine Michel.