La Ville prépare la riposte aux submersions marines

Une des solutions pour casser la houle consiste à installer des structures en géotextile comme ici à La Capte. L'alternative est d'immerger des blocs de béton. (Photo Ville d'Hyères)

Une des solutions pour casser la houle consiste à installer des structures en géotextile comme ici à La Capte. L’alternative est d’immerger des blocs de béton. (Photo Ville d’Hyères)

Confrontée aux destructions récurrentes et coûteuses du tombolo ouest de Giens, la Ville veut missionner un bureau d’études et constituer un comité scientifique de pilotage avant fin 2016

C‘est un serpent de mer qui avait déjà fait l’objet d’une étude poussée en 2002 (lire ci-contre). Après la submersion marine du 11 janvier dernier à l’Almanarre, qui a obligé la Ville d’Hyères à débloquer une enveloppe conséquente de travaux d’urgence (lire ci-dessous), la question de la préservation du tombolo ouest de la presqu’île de Giens est plus que jamais d’actualité.

« Depuis quarante ans, le taureau est dans l’arène mais maintenant, il faut le prendre par les cornes », avance le maire-torero d’Hyères, Jean-Pierre Giran.

D’abord préconiser

En guise de muleta, la Ville dégaine un petit arsenal de mesures propres à endiguer les caprices de plus en plus fréquents de Dame Nature.

Pour commencer, les services techniques préparent un cahier des charges qui devra être bouclé au printemps.

Dans la foulée, la municipalité lancera un appel à maîtrise d’oeuvre pour une étude de consolidation du tombolo afin de réduire les conséquences des coups de mer.

Vers septembre, le bureau d’études retenu se mettra à plancher sur la problématique. « On attend une préconisation avant la fin de l’année 2016 », espère le député-maire.

Cette préconisation devra prendre en compte les dimensions hydrologiques, écologiques et paysagères de ce site sensible.

En parallèle, la Ville souhaite créer un comité de pilotage réunissant des scientifiques.

Le professeur Yves Lacroix de l’université de Toulon, a d’ores et déjà été approché. Un interlocuteur idoine puisqu’il a dirigé une thèse présentée en 2015 et nommée « Modélisation d’érosion côtière : application à la partie ouest du tombolo de Giens ». Une fois constitué, ce comité de pilotage aura pour mission d’apporter un avis éclairé sur la préconisation du bureau d’études.

Combler la brèche

En attendant d’en prendre connaissance, deux mesures s’avèrent incontournables.

La première consiste à combler une brèche présente en face de la plage de l’Almanarre qui a pour effet d’accélérer la houle qui frappe ainsi plus fort sur la plage et la lessive.

« Il s’agit plus exactement de creusements dans les formations sous-marines. Ces creusements se trouvent à 250 mètres du rivage environ et à des profondeurs de – 5 à – 10 mètres », détaille Magali Bayle, chef du service littoral à la Ville d’Hyères.

Casser la houle

Il s’agira également de casser la houle à l’aide de brise-houle qui peuvent être en surface ou immergés.

Deux solutions techniques sont connues : des tétrapodes en béton ou des tubes en géotextile remplis de sable, comme il en existe déjà à La Capte depuis 2008. « Le géotextile est intéressant car les vagues passent par-dessus et le sable est retenu côté plage, mais cela impose un entretien régulier car les bateaux déchirent la toile », note Magali Bayle. L’étude devra dire quel ouvrage est le plus adapté et démontrer que son installation ne génère pas d’autres problèmes ailleurs.

Refaire son lit

« On fera cette première étape avant la fin de ce mandat », avance toutefois le maire qui entend réclamer des fonds européens comme il l’avait déjà fait pour la plage des Lecques lorsqu’il gérait la ville de Saint-Cyr. « On avait fait venir 80 tonnes de gravillons de la Durance, se souvient-il. Les travaux avaient coûté 12 millions de francs (1,8 Me), mais on avait obtenu 90 % de subventions ! Ça m’étonnerait qu’on en ait autant aujourd’hui. »

Dans un futur déjà plus lointain, la deuxième mesure consistera à refaire le lit de la plage. Trop creusée et donc trop pentue, elle se trouve lessivée par les vagues qui y frappent comme dans un mur. « L’inclinaison de la plage modifie tout », mime Jean-Pierre Giran qui reconnaît que toutes les mesures envisagées ne garantissent pas un succès franc. « En mer, tout est toujours aléatoire… », concède-t-il en refusant toutefois de continuer à signer des devis de travaux tout en restant les bras croisés.

Tous droits réservés Var-Matin du 10 mars 2016 par Olivier Bouisson