J.-P. Giran : « En finir avec la droite et la gauche »

Pour le député-maire LR de Hyères, fidèle d’Alain Juppé, il y a urgence à clarifier la pensée politique. Et à refonder un nouveau débat vrai débat démocratique

« La répartition actuelle entre la gauche et la droite n'est plus adaptée à notre monde », affirme Jean-Pierre Giran. (Photo David Latour)

« La répartition actuelle entre la gauche et la droite n’est plus adaptée à notre monde », affirme Jean-Pierre Giran. (Photo David Latour)

En plein dans l’actu ! Son livre(1) a pourtant été écrit avant les élections régionales et le coup de tonnerre provoqué par le score du Front national. Jean-Pierre Giran, député-maire Les Républicains de Hyères, y évoque déjà, entre autres et bien avant d’autres, l’impérieuse nécessité de remettre à plat le paysage politique français… Interview d’un politique qui est d’abord« républicain avant d’être un Républicain ».

Vous reprenez la citation de Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » En quoi s’applique-t-elle à la sphère politique ?

Cela commence par la confusion du vocabulaire. Tout le monde emploie les mêmes mots sans y mettre le même contenu. Et parfois même, aucun contenu. Tant qu’on n’aura pas clarifié les valeurs essentielles, personne ne s’y retrouvera. La nation, par exemple, c’est le plus beau mot de la langue français. Celui qui dit qu’être français, c’est aimer la France. Pour moi, c’est le contraire de la nation fermée, autarcique, haineuse et qui exclut. Autre exemple : je suis un libéral de la création, de l’entrepreneur, de la créativité. C’est très différent d’être un libéral qui met le marché au-dessus de tout ! C’est ainsi que l’on retrouve dans un même parti politique des gens qui emploient les mêmes mots et qui, pourtant, pensent très différemment. Cela s’appelle mettre la poussière sous le tapis…

Et donc vous préconisez un grand ménage ?

On le voit bien, la répartition actuelle entre la gauche et la droite n’est plus adaptée à notre monde… Qu’y a-t-il de commun au PS entre Emmanuel Macron et Marie-Noëlle Lienemann ? Ou chez les Républicains, entre Nadine Morano et Nathalie Kosciusko-Morizet ? L’élection présidentielle pourrait être l’occasion de créer deux nouveaux blocs. Je ne sais pas quels noms il faudrait leur donner. En tout cas, ni « la gauche », ni « la droite » qui ne correspondent plus à notre société. Comment choisir entre la droite et la gauche quand il s’y dit souvent la même chose ? Il y a une citation que j’aime bien : « Parfois les hommes politiques sont d’accord sur tout sauf sur le problème de savoir s’ils sont de droite ou de gauche. » J’ajouterai : parfois dans un parti, on est d’accord sur rien sauf sur le fait que l’on est dans le même parti ! Ca ne peut plus durer.

Et le Front national dans tout ça ?

Je suis profondément convaincu qu’il disparaîtrait dans ces conditions. Car si deux nouveaux groupes se mettent en place, le débat démocratique pourra être dur et tendu. il faut des clivages, sinon il n’y a plus de démocratie. Je pense notamment à des vrais débats à engager entre Etat interventionniste ou libéral, intégration ou assimilation. D’ailleurs, ces deux notions, intégration ou assimilation, seront forcément un thème fort de la campagne de la présidentielle. Pour moi, l’assimilation forcée conduit à la communautarisation. Et l’intégration réussie amène à l’assimilation.

À propos de présidentielle et des primaires à droite, vous restez un soutien fidèle d’Alain Juppé ?

Oui. Il a des convictions fortes en matière d’État, d’économie mais aussi de valeurs républicaines, sociétales. C’est aussi quelqu’un qui a peu changé de cap. Quant aux primaires à droite, j’espère qu’il y aura trois millions d’électeurs et qu’elles ne seront pas confisquées par un parti qui compte 200 000 adhérents.

1.« Je ne suis pas sûr d’avoir tort. Valeurs d’hier, repères pour demain. » Signature le 16 janvier à la librairie Charlemagne à Hyères de 10 à 12 h.