Démoustication : la ville s’arme et repart au combat

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Terminée seulement fin novembre en 2014, en raison des conditions climatiques, la campagne de démoustication reprend en mars 2015 avec plusieurs semaines d’avance. (Photo L. M.)

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La gambusie, petit poisson mangeur de moustique, peut être fourni aux particuliers. (Ph. E. P.)

image_0007_c52ba343dae183c2d11dced6b6588f41Parce qu’il y n’y a plus de saison pour les éclosions, et qu’elles recommencent, le service municipal dédié à la lutte anti-moustiques a engagé la campagne avec de nouveaux moyens

Non, vous n’avez pas rêvé ! L’insecte qui vous tournait autour lors de la dernière balade dominicale et qui a fini par piquer était bien un moustique ! La trêve hivernale aura donc été de courte durée… Si d’ailleurs, elle a réellement existé.« Normalement les moustiques connaissent une phase d’hibernation (diapause), explique Jacques Bruno, chef du service eau, littoral, propreté. Or, la persistance en hiver de températures douces entraîne une réduction, voire une absence de diapause. Résultat : cela nécessite une surveillance du territoire toute l’année, alors qu’il y a encore quelques années, elle n’était nécessaire que d’avril à fin octobre. »

Le constat a été confirmé par le service démoustication de la ville d’Hyères, réuni autour du maire et des élus en charge de la problématique, pour une annonce très officielle de reprise de la campagne de lutte anti-moustiques.

Si le service travaille toute l’année sur le mode préventif en surveillant la présence de larves en milieux aquatiques, et en traitant si les contrôles sont positifs, le volet répressif vise, au moment où toutes les conditions sont réunies pour les éclosions (chaleur + humidité) à renforcer surveillance et traitements pour empêcher les moustiques de sortir.

Le service renforcé

« Inondations, chaleur, pluviométrie, avec les changements climatiques, les moustiques ne connaissent plus les saisons », indiquait Jean-Pierre Giran en préambule. La ville, particulièrement exposée avec ses nombreuses zones humides, et qui est la première et l’une des rares en France à s’être dotée d’un service municipal de démoustication, se voit donc « obligée de modifier l’organisation du service pour apporter une réponse efficace. »

Concrètement ? Le service démoustication, dirigé par Philippe Guirao, va être renforcé par l’affectation d’un agent à temps plein, et deux agents saisonniers en poste dès la 3e semaine de mars.

D’autre part, l’ensemble des agents a suivi une formation complémentaire sur l’utilisation des produits biologiques employés pour les traitements anti-larvaires.

« Si le recours à ces produits est une avancée significative pour la préservation de la biodiversité, relevait Rémy Thiebaud, conseiller municipal en charge de la démoustication, l’efficacité de ces produits est plus limitée que celle des produits chimiques utilisés précédemment. Il est donc nécessaire pour arriver à une efficacité similaire que les agents soient plus vigilants sur le stade d’évolution des larves et la bonne application des produits. »

« Néanmoins, insistait le maire, il y a un point sur lequel la ville ne peut pas agir seule : la présence de larves dans le domaine privé. »

Il faut rappeler en effet que le service démoustication n’intervient que sur le domaine public (1), « mais toutes les actions menées sur le domaine public peuvent être sans effet si les gîtes potentiels situés chez les particuliers ne font pas l’objet d’une surveillance ».

Là encore, deux nouvelles actions.

Afin d’alerter les Hyérois, la ville a élaboré une plaquette d’information qui va être diffusée à toute la population. On y trouve les bons gestes de prévention et l’action du service de démoustication.

Cette plaquette, téléchargeable sur le site internet de la ville, sera distribuée dans les boîtes aux lettres des particuliers habitant les quartiers les plus exposés.

Mise en demeure désormais systématique

D’autre part, les propriétaires de parcelles où le service a identifié des sites producteurs de larves, seront désormais systématiquement mis en demeure de traiter.

On notera par ailleurs qu’aux Vieux Salins, un partenariat avec TPM et la LPO a permis de déterminer tout un secteur qui ne sera pas remis en eau, pour limiter la prolifération. Le service a également travaillé en collaboration avec la BAN pour l’hermétisation de la station de relevage des eaux usées de la base qui constituait un gîte larvaire problématique.

Des avancées importantes pour les riverains, mais qui ne doivent pas occulter le fait que chacun doit être attentif, chez lui, à vider, assécher et nettoyer les récipients, rigoles et autres bassins qui favorisent le développement des moustiques. Pour tous renseignements et conseils, contactez le service au 04.94.00.78.87, de 9 h à 12 h.

EMMANUELLE POUQUET

1. Mais il se déplace sur demande pour conseiller les particuliers.

Quels traitements ?

La gambusie : l’allié friand de moustique !

Parmi les moyens de lutte utilisés par le service de démoustication, il y en a un, moins connu, et particulièrement intéressant. Il s’agit de de la gambusie (gambusia affinis) un petit poisson de 2 cm à 4 cm « qui été introduit en France du Texas au XIXe siècle », explique Jean-Luc Kammradt, aquariophile passionné, en poste au service depuis 2004, où il travaille, dit-il, « avec bonheur ! » C’est sur sa proposition, qu’en 1976, la ville a construit un bassin pour y garder des alevins de gambusie. On les trouve en milieu naturel : dans les canaux, les étangs, etc. Gros avantage de l’animal : « C’est un vorace qui mange tout ce qui se trouve dans son environnement, et en particulier les larves de moustiques. Il est capable de manger, par jour, son propre poids en larves ! Il est aussi très résistant, il tient aussi bien en eau douce, que saumâtre ou salée, il peut passer l’hiver dans des eaux très froides, et l’été dans une flaque d’eau ! » Si le service a cette petite réserve de poissons mangeurs de moustiques, c’est pour en donner aux particuliers qui ont des bassins, des lagunages, etc.« Mais c’est tout, on ne joue pas aux apprentis sorciers, on n’en introduit jamais en milieu naturel car une fois qu’il a mangé les larves de moustique, il s’attaque à tout le reste : les petits crustacés comme l’artemie principale nourriture des flamants roses qui leur donne leur jolie couleur et tous les petits invertébrés aquatiques dont se nourrissent les oiseaux. Il peut créer un déséquilibre. Donc, on le réserve pour les bassins des particuliers. »Et c’est gratuit ! E. P.

Pour le traitement préventif, anti-larvaire, le service utilise le Vectobac. Un produit issu d’une bactérie naturelle du sol, sélectionnée pour son action exclusive sur les larves de mouches et moustiques. Les applications se font en manuel (pulvérisation à dos ou lance), soit en pulvérisation par voie terrestre (sur camions) ou aérienne (à l’aide d’un ULM).

Traitements anti-adultes : « le dernier recours »

Les zones marécageuses sont traitées par voie aérienne et ces actions sont complétées de façon systématique par des traitements terrestres. Lesquels représentent 80 % des actions menées, et mobilisent du personnel communal équipé de pulvérisateurs portables, thermiques, à canon centrifugeurs (monté sur un 4×4) ou engins amphibies tous terrains.

Lorsque l’action préventive, anti-larvaire, se révèle insuffisante, ce qui se traduit par une éclosion importante de moustiques, des traitements ponctuels anti-adultes sont effectués sur le domaine public en secteur urbain et péri-urbain, mais jamais dans les zones naturelles. Le traitement se fait à l’aide d’un insecticide en pulvérisation ou par fumées. Mais pour le service « les traitements anti-adultes ne sont pas une solution, c’est une action en dernier recours. »

Tous droits réservés Var-Matin du 20 mars 2015 par Emmanuelle  Pouquet